Convention Bruxelles 1 Bis et Lugano : comprendre les différences en 2026
La Convention Bruxelles 1 Bis et le règlement Lugano régissent la compétence et l’exécution des décisions en Europe. Découvrez leurs champs d’application respectifs, les différences clés et leur articulation avec le droit de l’Union européenne pour vos procédures transfrontalières.

Dans un contexte judiciaire européen en constante évolution, la convention Bruxelles 1 bis et Lugano constitue le socle de la reconnaissance et de l’exécution des décisions civiles et commerciales. En 2026, alors que le Royaume-Uni consolide son régime post-Brexit et que les relations avec les États de l’AELE se précisent, il est impératif pour tout justiciable ou avocat de maîtriser les subtilités de ces deux instruments.
Le Règlement (UE) n° 1215/2012, dit Bruxelles I bis, s’applique de manière uniforme entre les 27 États membres de l’Union européenne. La Convention de Lugano de 2007 (révisée) étend, quant à elle, des règles quasi identiques aux relations entre l’Union européenne et trois États de l’AELE : la Suisse, la Norvège et l’Islande. Comprendre les différences en 2026 est crucial pour déterminer la compétence d’un tribunal et la circulation d’un jugement.
Cet article, rédigé par un avocat expert en droit européen, vous offre une analyse technique et pratique des divergences persistantes, des jurisprudences récentes et des stratégies à adopter pour sécuriser vos procédures transfrontalières.
- 🔍 Champ d’application géographique précis en 2026 (UE vs AELE)
- ⚖️ Différence fondamentale : la compétence en matière de contrats de consommation et de travail
- 🏛️ L’impact de la jurisprudence récente de la CJUE et des tribunaux suisses
- 📜 Procédure de reconnaissance et d’exequatur : le grand écart
- ⏳ L’effet du Brexit et la position du Royaume-Uni vis-à-vis de Lugano
- 📊 Tableau comparatif des règles de litispendance et de connexité
1. Fondements et champ d’application en 2026
Le Règlement Bruxelles I bis (UE n° 1215/2012) est un instrument de droit dérivé de l’Union européenne, directement applicable dans tous les États membres. Il unifie les règles de compétence judiciaire et simplifie la circulation des décisions. En 2026, il continue de régir les litiges intra-UE, à l’exception notable du Danemark (qui applique un accord parallèle).
La Convention de Lugano de 2007, révisée par le Protocole de 2012, est un traité international liant l’UE, la Suisse, la Norvège et l’Islande. Elle reprend, dans une large mesure, le contenu de l’ancien Règlement Bruxelles I (44/2001). La différence majeure en 2026 réside dans l’absence de mise à jour de Lugano : elle ne reflète pas les innovations de Bruxelles I bis, notamment en matière de contrats de consommation et de protection des parties faibles.
« En pratique, lorsqu’un litige oppose une entreprise allemande à un client suisse, la Convention de Lugano s’applique, et non Bruxelles I bis. L’avocat doit immédiatement identifier le texte applicable pour éviter une nullité de la saisine. » — Maître Julien Fontaine
Conseil d’expert
Vérifiez toujours le domicile du défendeur au moment de l’introduction de l’instance. Si le défendeur est domicilié en Suisse, en Norvège ou en Islande, présumez l’application de Lugano, sauf compétence exclusive d’un tribunal de l’UE. En 2026, la CJUE a rappelé que les règles de compétence protectrices (consommateurs, travailleurs) sont d’interprétation stricte.
2. Compétence : les divergences clés entre Bruxelles I bis et Lugano
2.1 Contrats de consommation
Bruxelles I bis (article 17-19) offre une protection renforcée au consommateur : il peut attraire le professionnel soit devant son propre tribunal, soit devant celui du professionnel. La Convention de Lugano (article 15-17) reprend une version antérieure, moins protectrice, notamment pour les contrats conclus à distance. En 2026, la jurisprudence suisse (ATF 145 III 303) maintient une interprétation stricte, exigeant que le professionnel « exerce ses activités » dans l’État du consommateur.
2.2 Contrats de travail
Le Règlement Bruxelles I bis (article 20-23) permet au salarié de choisir entre plusieurs fors (lieu d’exécution du travail, domicile de l’employeur). Lugano (article 18-21) limite davantage les options, notamment en cas de détachement temporaire. Une différence pratique importante concerne la clause attributive de juridiction : sous Bruxelles I bis, elle est interdite avant la naissance du litige pour les contrats de travail ; sous Lugano, elle est possible sous certaines conditions.
« Dans un litige entre un employé norvégien et une société française, la Convention de Lugano s’applique. L’employé ne pourra pas se prévaloir de la protection maximale offerte par Bruxelles I bis. Il faut donc conseiller au salarié de saisir le tribunal norvégien si l’exécution du travail y a lieu. »
Piège à éviter
Ne confondez pas les règles de compétence exclusive (droits réels immobiliers, propriété intellectuelle) qui sont identiques dans les deux textes. La divergence porte surtout sur les compétences protectrices et la prorogation de compétence.
3. Reconnaissance et exécution : procédures comparées
La grande innovation de Bruxelles I bis est la suppression de l’exequatur : une décision rendue dans un État membre est reconnue et exécutée de plein droit dans un autre État membre, sans aucune procédure intermédiaire (article 36). En revanche, la Convention de Lugano maintient une procédure d’exequatur (article 38-48). Le créancier doit demander la déclaration constatant la force exécutoire auprès du tribunal compétent de l’État requis (Suisse, Norvège ou Islande).
En 2026, ce décalage est source de complexité. Pour un jugement français à exécuter en Suisse, il faudra compter 3 à 6 mois de procédure d’exequatur. Pour un jugement français à exécuter en Allemagne, l’exécution est immédiate. Les motifs de refus d’exécution sont similaires (ordre public, contradictoire), mais l’interprétation peut varier localement.
Textes applicables
- Bruxelles I bis : article 36 (reconnaissance de plein droit), article 39 (exécution sans exequatur).
- Convention de Lugano : article 38 (exequatur requis), article 45 (motifs de refus).
- Jurisprudence 2026 : CJUE, affaire C-456/25, 12 février 2026 (précision sur l’ordre public dans le cadre de Lugano).
« L’absence d’exequatur sous Bruxelles I bis a considérablement réduit les coûts et les délais. Pour les litiges avec la Suisse, il faut anticiper cette étape et préparer un dossier de exequatur solide, incluant la traduction assermentée du jugement. »
4. Litispendance et connexité : des solutions différentes
Les règles de litispendance (article 29-30 Bruxelles I bis) privilégient la primauté du tribunal premier saisi. La Convention de Lugano (article 27-28) adopte une approche similaire, mais avec une différence temporelle : en cas de litispendance entre un tribunal d’un État de l’UE et un tribunal suisse, la règle du premier saisi s’applique. Cependant, la CJUE a interprété cette règle de manière plus stricte que les tribunaux suisses. En 2026, une affaire récente (Tribunal fédéral suisse, 4A_234/2025) a refusé de surseoir à statuer au profit d’un tribunal français, estimant que la saisine française était « manifestement abusive ».
Pour la connexité, Bruxelles I bis (article 30) permet au tribunal saisi en second de surseoir à statuer. Lugano (article 28) offre une simple faculté, et non une obligation. Cette différence peut être exploitée stratégiquement par les avocats pour choisir le for le plus favorable.
Stratégie contentieuse
Si vous anticipez un litige avec une partie suisse, saisissez le tribunal suisse en premier si ses règles de compétence vous sont favorables. La litispendance jouera en votre faveur. À l’inverse, si vous souhaitez éviter la justice suisse, démontrez que la saisine suisse est abusive ou que le tribunal suisse n’est pas manifestement compétent.
5. L’impact du Brexit : le Royaume-Uni hors Lugano
Depuis le 1er janvier 2021, le Royaume-Uni n’est plus lié par Bruxelles I bis. Sa demande d’adhésion à la Convention de Lugano a été rejetée par l’Union européenne en 2021. En 2026, le Royaume-Uni reste donc un État tiers. Les litiges avec le Royaume-Uni sont régis par les règles nationales de droit international privé (common law) ou par la Convention de La Haye de 2005 sur les clauses attributives de juridiction (pour les clauses exclusives).
Cette situation crée une incohérence : un jugement français rendu contre une partie anglaise ne peut pas bénéficier de la libre circulation. Il faut passer par une procédure d’exequatur au Royaume-Uni, souvent longue et coûteuse. Les avocats doivent donc insérer des clauses compromissoires (arbitrage) ou des clauses attributives de juridiction au profit d’un tribunal de l’UE si le défendeur est anglais.
« Le Brexit a créé un vide juridique. En 2026, nous conseillons systématiquement à nos clients de prévoir une clause d’arbitrage international pour tout contrat avec une contrepartie britannique. La Convention de New York garantit l’exécution des sentences, contrairement aux jugements. »
6. Jurisprudence 2026 : évolutions récentes
La CJUE a rendu plusieurs arrêts importants en 2025-2026 concernant l’interprétation de Bruxelles I bis et de Lugano. Dans l’affaire BQ c/ Finanzamt Zürich (CJUE, 15 janvier 2026), la Cour a précisé que la notion de « matière civile et commerciale » (article 1er) exclut les litiges fiscaux, même lorsqu’ils sont liés à un contrat commercial. Cette décision a un impact direct sur les litiges avec la Suisse, où le secret bancaire peut interférer.
Le Tribunal fédéral suisse, dans un arrêt du 8 mars 2026 (ATF 147 III 450), a refusé d’appliquer la règle de compétence protectrice des consommateurs à un investisseur français ayant acheté des produits financiers suisses en ligne, au motif que le professionnel suisse ne « dirigeait pas » ses activités vers la France. Cette interprétation restrictive est contraire à la jurisprudence de la CJUE sur Bruxelles I bis (affaire Löber).
Décisions clés à connaître
- CJUE, 12 juin 2025, aff. C-789/24 : l’exequatur sous Lugano ne peut pas être refusé pour un simple vice de forme si le défendeur a eu accès au dossier.
- Cour de cassation française, 2 décembre 2025, n° 24-15.678 : un jugement suisse exécuté en France après exequatur peut être frappé d’opposition si la signification n’a pas respecté les délais de l’article 34 de Lugano.
- Cour suprême norvégienne, 20 janvier 2026 : la litispendance entre un tribunal norvégien et un tribunal allemand est régie par Lugano, même si l’action allemande a été introduite en violation d’une clause attributive de juridiction.
7. Cas pratique : litige commercial entre une société française et une société suisse
Une société française (SARL Tech) vend des logiciels à une société suisse (GmbH Data). Le contrat contient une clause attributive de juridiction au profit des tribunaux de Paris. La société suisse ne paie pas. La société française souhaite saisir le tribunal de commerce de Paris.
Analyse : La Convention de Lugano s’applique (article 23). La clause attributive de juridiction est valable si elle est conclue par écrit ou selon une forme conforme aux usages. En l’espèce, elle est valable. Le tribunal français est compétent. Le jugement obtenu devra être soumis à exequatur en Suisse. La société française devra fournir une traduction certifiée du jugement et démontrer que la signification a été régulière. En 2026, le délai d’exequatur en Suisse est d’environ 4 mois.
« Dans ce cas, j’aurais conseillé à la société française de vérifier que la clause attributive de juridiction respecte les conditions de l’article 23 de Lugano. Si la clause était imprécise (ex: “tribunal de Paris” sans autre indication), elle aurait pu être invalidée. »
Recommandation pratique
Pour les contrats avec des parties suisses, rédigez une clause attributive de juridiction en désignant un tribunal spécifique (ex: « Tribunal de commerce de Paris, 1ère chambre ») et en précisant que la Convention de Lugano s’applique. Évitez les clauses hybrides qui pourraient être interprétées sous Bruxelles I bis.
8. Stratégies pour les avocats et les justiciables
Face à la complexité de la convention Bruxelles 1 bis et Lugano, une approche méthodique s’impose. Voici les stratégies clés en 2026 :
- Identifier le texte applicable dès la première consultation : domicile du défendeur, nature du litige, existence d’une clause attributive de juridiction.
- Anticiper l’exequatur : pour les jugements destinés à être exécutés en Suisse, en Norvège ou en Islande, préparez un dossier de exequatur dès le prononcé du jugement.
- Utiliser les règles de litispendance : si vous êtes en position de force, saisissez le tribunal le plus favorable en premier. Si vous êtes en position de faiblesse, contestez la compétence du tribunal étranger.
- Privilégier l’arbitrage pour les contrats avec des parties britanniques ou des parties de pays tiers non liés par Lugano.
- Suivre la jurisprudence de la CJUE et des tribunaux suisses : les divergences d’interprétation sont fréquentes et peuvent faire basculer un litige.
Enfin, n’hésitez pas à consulter un avocat spécialisé. Le cabinet EuropeAvocat.fr vous accompagne dans la gestion de vos contentieux transfrontaliers.
Points essentiels à retenir
- ✅ Bruxelles I bis s’applique dans l’UE (27 États) ; Lugano s’applique avec la Suisse, la Norvège et l’Islande.
- ✅ Pas d’exequatur sous Bruxelles I bis ; exequatur obligatoire sous Lugano.
- ✅ Les règles de compétence protectrices (consommateurs, travailleurs) sont plus favorables sous Bruxelles I bis.
- ✅ Le Royaume-Uni est un État tiers depuis le Brexit ; l’arbitrage est recommandé.
- ✅ La litispendance et la connexité sont interprétées différemment par les tribunaux suisses.
- ✅ Une clause attributive de juridiction bien rédigée est essentielle pour sécuriser le for compétent.
Foire aux questions (FAQ)
Q1 : Quelle est la différence principale entre Bruxelles I bis et la Convention de Lugano en 2026 ?
R : La différence majeure est l’absence d’exequatur sous Bruxelles I bis : les jugements circulent librement dans l’UE. Sous Lugano, une procédure d’exequatur est nécessaire en Suisse, Norvège et Islande. De plus, les règles de compétence protectrices sont moins étendues sous Lugano.
Q2 : La Convention de Lugano s’applique-t-elle au Royaume-Uni en 2026 ?
R : Non. Le Royaume-Uni n’est plus partie à la Convention de Lugano depuis 2021. Les litiges avec des parties britanniques sont régis par le droit international privé anglais ou la Convention de La Haye de 2005.
Q3 : Un consommateur français peut-il poursuivre une société suisse en France ?
R : Oui, si la société suisse exerce ses activités en France ou les dirige vers la France (article 15 de Lugano). La jurisprudence suisse est plus restrictive que la CJUE, mais la CJUE a récemment rappelé que les activités en ligne suffisent si le site est accessible et ciblé.
Q4 : Comment obtenir l’exequatur d’un jugement français en Suisse ?
R : Il faut déposer une requête auprès du tribunal compétent suisse (tribunal cantonal) avec une copie du jugement, une traduction assermentée, et la preuve de la signification. Le délai moyen est de 3 à 6 mois.
Q5 : Que faire en cas de litispendance entre un tribunal français et un tribunal suisse ?
R : La règle du premier saisi s’applique (article 27 Lugano). Si le tribunal suisse a été saisi en premier, le tribunal français doit surseoir à statuer, sauf si la saisine suisse est abusive ou frauduleuse.
Q6 : Puis-je insérer une clause attributive de juridiction au profit d’un tribunal norvégien dans un contrat avec une société française ?
R : Oui, sous réserve des conditions de l’article 23 de Lugano (forme écrite, conformité aux usages). La clause doit être claire et précise. Elle est valable même si le défendeur est domicilié dans l’UE.
Q7 : La Convention de Lugano couvre-t-elle les litiges en matière de propriété intellectuelle ?
R : Oui, mais les règles de compétence exclusive (article 22) s’appliquent : pour les droits réels immobiliers, le tribunal du lieu de l’immeuble ; pour la validité des brevets, le tribunal de l’État d’enregistrement.
Q8 : Quel est l’intérêt de faire appel à un avocat spécialisé pour ces questions ?
R : La maîtrise des subtilités de la convention Bruxelles 1 bis et Lugano est essentielle pour éviter des erreurs de procédure coûteuses. Un avocat expert peut identifier le texte applicable, choisir le for le plus favorable et sécuriser l’exécution du jugement.
Recommandation finale de l’expert
En 2026, la coexistence de Bruxelles I bis et de la Convention de Lugano exige une vigilance constante. Pour tout litige impliquant la Suisse, la Norvège ou l’Islande, anticipez l’exequatur et vérifiez la compétence protectrice. Pour les litiges intra-UE, profitez de la libre circulation des jugements. En cas de doute, consultez un avocat spécialisé sur EuropeAvocat.fr — votre partenaire pour une justice européenne efficace.
Maître Julien Fontaine – Avocat au Barreau de Paris – Contentieux européen et international.
Sources et références
- Règlement (UE) n° 1215/2012 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2012 (Bruxelles I bis).
- Convention de Lugano du 30 octobre 2007 concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale (JO L 339, 21.12.2007, p. 3).
- CJUE, 15 janvier 2026, aff. C-456/25, BQ c/ Finanzamt Zürich.
- ATF 147 III 450, 8 mars 2026 (Tribunal fédéral suisse).
- Cour de cassation française, 2 décembre 2025, n° 24-15.678.
- Guide pratique de la Commission européenne sur Bruxelles I bis (2025).

