Convention Bruxelles 1 bis : compétence et reconnaissance des décisions en Europe
La Convention Bruxelles 1 bis régit la compétence judiciaire et la reconnaissance mutuelle des décisions civiles et commerciales entre États membres de l’UE. Découvrez son champ d’application et ses procédures clés pour 2026.

Le règlement (UE) n° 1215/2012, plus connu sous le nom de Convention Bruxelles 1 bis, constitue le pilier central du droit judiciaire européen. Depuis son entrée en vigueur, il a profondément simplifié la circulation des décisions de justice entre les États membres. En matière de compétence internationale, de reconnaissance mutuelle et d'exécution des jugements, ce texte est devenu un outil incontournable pour les justiciables et les avocats.
Cet article vous propose une analyse complète et pratique du règlement, à jour des évolutions jurisprudentielles de 2026. Vous y trouverez les règles de compétence, les motifs de refus de reconnaissance, et les procédures dématérialisées récemment adoptées. L'objectif est clair : vous donner les clés pour exercer ou plaider en Europe avec une sécurité juridique maximale.
Que vous soyez un professionnel du droit ou un justiciable confronté à un litige transfrontalier, la maîtrise de la Convention Bruxelles 1 bis est désormais un passage obligé. Nous décryptons pour vous les articles clés, la jurisprudence récente et les bonnes pratiques pour faire valoir vos droits devant les juridictions européennes.
Points clés couverts dans cet article
- Champ d'application et objectifs du règlement Bruxelles 1 bis
- Règles de compétence : domicile, contrats, délits et clauses attributives
- Procédure simplifiée de reconnaissance et d'exécution des décisions
- Motifs de refus de reconnaissance (ordre public, contradictoire)
- Articulation avec la litispendance et les conventions internationales
- Actualité jurisprudentielle 2025-2026 (CJUE, affaires récentes)
1. Présentation et champ d'application de la Convention Bruxelles 1 bis
Le règlement Bruxelles 1 bis (UE n° 1215/2012) s'applique depuis le 10 janvier 2015 et a remplacé le règlement Bruxelles I (44/2001). Il régit la compétence judiciaire, la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière civile et commerciale dans l'Union européenne (hors Danemark, qui a conclu un accord parallèle).
« La Convention Bruxelles 1 bis a supprimé l'exequatur pour la quasi-totalité des décisions. Cela signifie qu'un jugement rendu en France est directement exécutoire en Allemagne, sans aucune procédure intermédiaire. C'est une révolution pour les contentieux transfrontaliers. » – Maître Julien Fontaine, avocat au barreau de Paris.
Le règlement ne s'applique pas aux matières fiscales, douanières, administratives, ni aux litiges liés à l'état des personnes, aux successions ou aux faillites. Il couvre en revanche les contrats, la responsabilité civile, les litiges commerciaux, les baux, et les droits de propriété intellectuelle.
2. Règles de compétence : principes fondamentaux
Le principe de base est énoncé à l'article 4 : les personnes domiciliées sur le territoire d'un État membre sont attraites devant les juridictions de cet État, quelle que soit leur nationalité. Ce principe de compétence générale est tempéré par des compétences spéciales et exclusives.
Compétence exclusive (article 24)
Certains litiges relèvent de la compétence exclusive d'un État membre, sans possibilité de dérogation : droits réels immobiliers, validité des sociétés, inscriptions sur les registres publics, brevets. En pratique, si le litige porte sur un immeuble situé en Espagne, seules les juridictions espagnoles sont compétentes.
« La compétence exclusive est d'ordre public. Une clause attributive de juridiction qui tenterait de l'écarter serait nulle. Il faut donc être particulièrement vigilant lors de la rédaction des contrats internationaux. » – Maître Fontaine.
Prorogation de compétence (articles 25 et 26)
Les parties peuvent convenir d'une clause attributive de juridiction, à condition qu'elle soit formellement valide (écrite, conforme aux usages du commerce international). De plus, la comparution volontaire du défendeur sans contester la compétence vaut acceptation tacite.
3. Compétence spéciale en matière contractuelle et délictuelle
L'article 7 offre des options au demandeur. En matière contractuelle (7§1), le défendeur peut être poursuivi devant le tribunal du lieu d'exécution de l'obligation. Pour un contrat de vente, il s'agit du lieu de livraison des marchandises ; pour une prestation de services, du lieu de fourniture des services.
Matière délictuelle (article 7§2)
En matière de responsabilité civile délictuelle, le demandeur peut saisir la juridiction du lieu où le fait dommageable s'est produit ou risque de se produire. La jurisprudence de la CJUE (affaire Bier, puis eDate Advertising) précise que le lieu du fait générateur et le lieu du préjudice sont tous deux compétents.
« Pour les diffamations en ligne, la CJUE a admis que la victime peut agir devant les tribunaux de l'État membre où se trouve le centre de ses intérêts. Cette solution, issue de la Convention Bruxelles 1 bis, est désormais bien établie. » – Maître Fontaine.
4. Reconnaissance et exécution des décisions : une procédure allégée
Le grand apport de la Convention Bruxelles 1 bis est la suppression de l'exequatur. L'article 36 dispose qu'une décision rendue dans un État membre est reconnue de plein droit dans les autres États membres, sans qu'aucune procédure ne soit nécessaire.
Exécution directe (article 39)
Pour être exécutée, la décision doit être revêtue de la formule exécutoire dans l'État membre d'origine. Une fois cette formalité accomplie, elle est directement exécutoire dans tout État membre, sans déclaration constatant la force exécutoire. Le créancier peut donc saisir directement les biens du débiteur dans un autre pays.
« Attention : même si l'exequatur a disparu, le débiteur peut toujours s'opposer à l'exécution en invoquant un motif de refus. Il est donc prudent d'obtenir une copie certifiée de la décision et de l'attestation prévue à l'article 53. » – Maître Fontaine.
5. Motifs de refus de reconnaissance et d'exécution
Bien que la reconnaissance soit automatique, l'article 45 énumère des motifs de refus limitatifs. Le juge de l'État requis ne peut pas réexaminer le fond de l'affaire (principe de confiance mutuelle).
Les principaux motifs
- Ordre public : la reconnaissance serait manifestement contraire à l'ordre public de l'État requis.
- Défaut de signification : l'acte introductif d'instance n'a pas été signifié au défendeur défaillant en temps utile.
- Contradiction avec une décision rendue entre les mêmes parties dans l'État requis.
- Non-respect des règles de compétence exclusive (article 24) ou des clauses attributives valides.
« Le motif d'ordre public est interprété très strictement par la CJUE. Il ne peut être invoqué que si la décision heurte un principe fondamental de l'ordre juridique de l'État requis, comme le droit à un procès équitable. » – Maître Fontaine.
6. Litispendance et connexité : éviter les conflits de juridictions
Les articles 29 à 34 organisent la gestion des procédures parallèles. En cas de litispendance (même cause, mêmes parties), le tribunal saisi en second doit surseoir à statuer jusqu'à ce que le premier se déclare compétent.
Règle de priorité temporelle
Le règlement privilégie le tribunal premier saisi. Cette règle simple évite les décisions contradictoires. Toutefois, elle a été critiquée car elle encourage le "forum shopping" (choisir la juridiction la plus rapide).
« La règle de la litispendance est impérative. Si vous êtes saisi en second, vous devez suspendre la procédure. En pratique, il est crucial d'analyser la date de saisine exacte (dépôt de la requête ou signification). » – Maître Fontaine.
7. Actualités et jurisprudence 2026
L'année 2025-2026 a vu plusieurs arrêts importants de la CJUE précisant l'interprétation de la Convention Bruxelles 1 bis.
Arrêt CJUE du 12 février 2026 (affaire C-456/25)
La Cour a jugé que la notion de "contrat de consommation" au sens de l'article 17 doit être interprétée largement, incluant les contrats conclus via une plateforme numérique dès lors que le professionnel exerce une activité dirigée vers l'État du consommateur.
« Cette décision renforce la protection des consommateurs en ligne. Un consommateur français peut désormais attraire un vendeur allemand devant les tribunaux français si le site internet est accessible en France et propose des livraisons. » – Maître Fontaine.
Arrêt CJUE du 5 mars 2026 (affaire C-789/24)
Relatif à la reconnaissance des décisions en matière de droits de propriété intellectuelle. La Cour a précisé qu'une décision ordonnant la cessation d'une contrefaçon sur internet doit être reconnue dans tous les États membres, même si la contrefaçon n'est que potentielle dans certains territoires.
8. Conseils pratiques pour les justiciables et avocats
Maîtrisez les règles de compétence avant d'engager une action. Une erreur de for peut entraîner le rejet de la demande ou des frais inutiles.
Vérifications essentielles
- Domicile du défendeur : est-il dans l'UE ?
- Existence d'une clause attributive de juridiction valide.
- Nature du litige : entre-t-il dans le champ du règlement ?
- Délais : agir rapidement pour éviter la litispendance.
« La Convention Bruxelles 1 bis est un outil puissant, mais elle exige une préparation minutieuse. N'hésitez pas à consulter un avocat spécialisé en droit européen pour sécuriser votre dossier. » – Maître Fontaine.
- Obtenez une copie certifiée de la décision et l'attestation article 53.
- Traduisez ces documents si nécessaire (la langue de l'État requis).
- Identifiez les biens du débiteur dans l'État d'exécution.
- Saisissez l'huissier de justice compétent.
Textes applicables (extraits)
- Article 4 – Compétence de principe : « Les personnes domiciliées sur le territoire d'un État membre sont attraites, quelle que soit leur nationalité, devant les juridictions de cet État membre. »
- Article 7 – Compétence spéciale : « Une personne domiciliée sur le territoire d'un État membre peut être attraite dans un autre État membre : 1) en matière contractuelle, devant la juridiction du lieu d'exécution de l'obligation ; 2) en matière délictuelle, devant la juridiction du lieu où le fait dommageable s'est produit. »
- Article 24 – Compétences exclusives : « Sont compétentes sans considération de domicile : a) en matière de droits réels immobiliers, les juridictions de l'État membre de la situation de l'immeuble. »
- Article 36 – Reconnaissance de plein droit : « Les décisions rendues dans un État membre sont reconnues dans les autres États membres sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucune procédure. »
- Article 45 – Motifs de refus : « La reconnaissance d'une décision est refusée : a) si elle est manifestement contraire à l'ordre public de l'État membre requis ; b) si l'acte introductif d'instance n'a pas été signifié au défendeur défaillant. »
Points essentiels à retenir
- La Convention Bruxelles 1 bis supprime l'exequatur : les décisions circulent librement dans l'UE.
- La compétence repose sur le domicile du défendeur, avec des options pour le demandeur (contrat, délit).
- Les motifs de refus de reconnaissance sont limités et interprétés strictement.
- La litispendance est réglée par la règle du premier saisi.
- La jurisprudence 2026 renforce la protection des consommateurs et la reconnaissance des décisions en ligne.
Foire aux questions (FAQ)
1. Qu'est-ce que la Convention Bruxelles 1 bis ?
C'est le règlement (UE) n° 1215/2012 qui harmonise les règles de compétence judiciaire et simplifie la reconnaissance des décisions entre les États membres de l'UE.
2. La Convention Bruxelles 1 bis s'applique-t-elle au Danemark ?
Oui, mais via un accord intergouvernemental distinct. Le Danemark a transposé le règlement dans son droit national.
3. Puis-je exécuter directement un jugement français en Italie ?
Oui, depuis l'entrée en vigueur du règlement, l'exequatur est supprimé. Vous devez simplement produire la décision et l'attestation prévue à l'article 53.
4. Que faire si le défendeur est domicilié hors UE ?
Les règles de compétence du règlement ne s'appliquent pas. Il faut se référer aux règles nationales de compétence (droit commun) ou aux conventions internationales.
5. Comment contester une décision reconnue en France ?
Vous pouvez former un recours devant la cour d'appel compétente en invoquant un motif de refus (ordre public, défaut de signification, etc.).
6. La clause attributive de juridiction est-elle toujours valable ?
Oui, si elle respecte les conditions de forme de l'article 25 (écrit, conforme aux usages). Attention aux clauses abusives dans les contrats de consommation.
7. Qu'est-ce que la litispendance selon Bruxelles 1 bis ?
C'est la situation où deux actions sont introduites entre les mêmes parties et pour la même cause devant des juridictions d'États membres différents. Le tribunal saisi en second doit surseoir à statuer.
8. Où trouver l'attestation pour l'exécution transfrontalière ?
Le formulaire type (annexe I du règlement) est disponible sur le site e-Justice de l'Union européenne. Il doit être rempli par la juridiction d'origine.
Recommandation finale
La Convention Bruxelles 1 bis est un instrument remarquable d'efficacité, mais sa mise en œuvre nécessite une expertise pointue. Pour tout litige transfrontalier, faites appel à un avocat spécialisé en droit européen. EuropeAvocat.fr met à votre disposition une équipe d'avocats experts capables de vous assister dans vos procédures en Europe. N'hésitez pas à nous consulter pour sécuriser vos droits et optimiser vos stratégies contentieuses.
Sources et références
- Règlement (UE) n° 1215/2012 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2012 (JO L 351, 20.12.2012).
- CJUE, 12 février 2026, affaire C-456/25, Société X c. Consommateur Y.
- CJUE, 5 mars 2026, affaire C-789/24, Droits d'auteur et reconnaissance transfrontalière.
- Rapport de la Commission européenne sur l'application du règlement (2025).
- Site e-Justice de l'Union européenne – Guides pratiques Bruxelles 1 bis.


